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Sorcières contre capitalisme
La perte de pouvoir
Dans son ouvrage, Caliban et la sorcière, la philosophe et militante Silvia Federici analyse la « transition » dans le capitalisme à partir de la lecture de la chasse aux sorcières. On imagine que la transition s’est réalisée à la Darwin, comme un processus naturel du progrès en reléguant l’épisode de la chasse aux sorcières comme un épisode singulier. Quantité de femmes ont été brûlées et torturées et la quantité est analogue à celle de la destruction des juifs.
Le fondement du processus appelé « transition et développement » est une fiction. En réalité, on a affaire à la conquête, l’asservissement, le meurtre, le vol et cette période est parmi les plus changeantes et sanglantes de l’histoire mondiale.
Le capitalisme a inséré des divisions dans le prolétariat qui ont servi à intensifier et à dissimuler l’exploitation. Silvia Federici analyse le processus d’asservissement des femmes pour les transformer en force de travail lié à la reproduction. Elle montre que le sort des sorcières est assimilé à celui des esclaves dans les plantations et à l’asservissement des amérindiens et des africains. Pour instaurer un capitalisme en lieu et place du féodalisme « un processus unique d’avilissement social était fondamental pour l’accumulation du capital et est demeuré tel depuis lors » (p.152).
N’oublions pas que vers 1500, il y a eu la masculinisation de la pratique médicale, la guérisseuse était repoussée du fait de son « incompétence » et c’est seulement au cours du XIXe siècle, en réaction de lutte contre le travail industriel que la « famille moderne », reposant sur le travail non-payé de la femme au foyer à plein temps, se généralisa à toute la classe ouvrière.
Les sauvages et les sorcières, même combat !
D’après Silvia Federici, il n’est pas exagéré de dire que les femmes étaient traitées avec la même hostilité et la même aversion manifestée envers les « sauvages indiens » dans la littérature qui s’écrivit à ce propos après la conquête. Les peuples indigènes américains ont été diabolisés, ce qui était bien pratique pour justifier leur asservissement et le pillage de leurs ressources.
Et dans le cas des femmes européennes, ce fut la chasse aux sorcières qui joua le rôle principal dans la construction de leur nouvelle fonction sociale, et dans la dépréciation de leur identité sociale (p.182). Un nouveau modèle de féminité émergea à la suite de cette défaite : la femme idéale est passive, obéissante, économe, taiseuse, travailleuse et chaste.
On a assisté là à un renversement au XVIIIe siècle. Durant la chasse aux sorcières, les femmes étaient représentées comme des sauvages, débiles, insatiables, rebelles, insoumises, incapable de se dominer. Il existe des liens étroits entre femmes européennes (sorcières), indigènes et africaines.
Sylvia Federici ne le dit pas expressément mais pour moi, l’attaque majeure se situe contre une vision magique du monde qui prévalut tout au long du Moyen Âge. Au fondement de la magie, il y avait une conception animiste de la nature qui ne posait aucune séparation entre matière et esprit. Le cosmos était comme un organisme vivant peuplé de forces occultes. Chaque élément était en communion avec le reste. Herbes, plantes, métaux et corps humain recelaient vertus et pouvoirs qui lui étaient propres.
De nos jours, on utilise volontiers le terme de « croyances ». En psychiatrie, l’évolution consiste à considérer que toute personne peut avoir les croyances qu’elle veut. Mais c’est un leurre, car en réalité, le discours dominant exerce une pression très forte à adhérer à une conception médicale des symptômes « psychotiques ». Donc d’une vision masculinisée du monde tel que Descartes s’est employée à la développer. Une vision rationaliste ayant servi à une conception mécaniste du corps.
Grâce à cette vision mécaniste, le corps n’est plus qu’un outil au service de la force de travail permettant une accumulation primitive qui profite aux plus nantis, aux plus hauts placés alors que nous sommes tous et toutes esclaves de nos métiers.
Le premier outil permettant la survie du capitalisme est le corps.
Sortir de l’esclavagisme du capitalisme
Qui n’a pas fait cette expérience ? Quand tu exerces ton métier, tu n’es pas vraiment toi-même et quand tu es chez toi, tu peux être toi-même.
Le travail au service du capitalisme est une aliénation et permet au système de continuer à tourner, de s’approprier esprit et corps dans une machine infernale, exigeant de plus en plus au fur et à mesure qu’elle se sent menacée. Le processus d’asservissement est mondial. Nous nous sentons pris à la gorge, pris aux pièges, les factures à payer, le loyer, les enfants à élever et à nourrir dans un monde proche de l’incendie. On lutte pour changer les choses à notre manière, reproduisant les résistances du passé. Comment échapper à l’emprise infernale ?
La magie, comme menace première
Ce n’est pas une blague que j’écris. La chasse aux sorcières était en réalité une peur de la magie que nous possédons, nous les femmes sorcières, nous les hommes indigènes avec les pierres, les forêts, l’eau, le vent, le ciel et les nuages. La magie est un obstacle à la rationalisation du « procès de travail et une menace pour l’établissement du principe de responsabilité individuelle. (…) Le monde devait être « désenchanté » pour être dominé" (p.279).
Le retour de la magie
Dans tous les textes sacrés, il est annoncé un retour du Mahdi, un retour de Jésus, un futur Bouddha rieur. Nous les fous et les folles, hospitalisés en psychiatrie, nous savons que cela est la réalité. Nous savons que la magie va ré-enchanter le monde. Nous savons que nos corps et nos esprits sont sacrés et que la terre n’appartient à personne.
Pour aller plus loin, vous pouvez lire l’article intitulé : « Réhabiliter les savoirs de la folie, enquête autour du délire mystique » paru dans la revue médecine et philosophie no 13.
Clique sur le lien : ici.Regarde en page 55.
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