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chamanisme et maladie mentale
Au sortir de l'hôpital psychiatrique, je reprends un texte que j'avais lu des années en arrière lorsque je me questionnais sur ces "troubles psychotiques mystiques". Je le copie ici partiellement.
Ce qu’un shaman voit dans un hôpital psychiatrique, le point de vue chamanique sur les maladies mentales.
extrait de The Natural Medicine Guide to Schizophrenia, par Stephanie Marohn (incluant Malidoma Patrice Somé), pages 178-189, ou dans The Natural Medicine Guide to Bi-polar Disorder)
Dans la vision chamanique, la maladie mentale signale la « naissance d’un guérisseur », explique Malidoma Patrice Somé. De ce fait, les troubles mentaux sont des situations spirituelles critiques, des crises spirituelles, et doivent être considérés comme tels pour aider le guérisseur à naître.
Ce que l’Occident voit comme une maladie mentale, le peuple Dagara (en Afrique de l’Ouest,Dagaaba en anglais) le voit comme «des bonnes nouvelles de l’autre monde.» La personne traversant la crise a été choisie comme médium pour porter un message à la communauté, devant être communiqué du monde spirituel. «Les troubles mentaux, les troubles comportementaux de toutes sortes, signalent le fait que deux énergies incompatibles ont fusionné dans le même champ» dit le Dr. Somé. Ces perturbations se produisent quand la personne n’est pas aidée pour faire face à la présence d’une énergie du monde spirituel.
Lorsque le Dr. Somé est venu la première fois aux États-Unis en 1980, pour ses études supérieures, l’une des premières choses qu’il a vue a été la manière dont le pays gérait la maladie mentale. Quand un étudiant qu’il connaissait avait été envoyé dans un hôpital psychiatrique pour «dépression nerveuse», le Dr. Somé était allé lui rendre visite.
«J’étais choqué. C’était la première fois que j’étais confronté directement à ce qu’on fait ici aux gens qui ont les mêmes symptômes que j’avais vus dans mon village.» Ce qui a frappé le Dr. Somé, c’était que de tels symptômes étaient perçus sous l’angle de la pathologie, avec l’idée qu’il faut stopper le trouble. C’était en opposition complète à la manière dont sa culture voyait une telle situation. Alors qu’il regardait les patients dans la salle austère, certains dans des camisoles de force, d’autres shootés aux médicaments, d’autres criants, il se disait, «C’est comme ça qu’on traite les guérisseurs naissants dans cette culture. Quelle perte ! Quel dommage qu’une personne finalement alignée avec une puissance de l’autre monde est ainsi gaspillée.»
Pour le dire autrement, d’une manière peut être plus compréhensible pour la mentalité occidentale, c’est que nous en Occident ne sommes pas formés à faire face aux phénomènes psychiques, au monde spirituel, et personne non plus ne nous apprend à reconnaître son existence. En réalité, les capacités psychiques sont dénigrées. Quand les énergies du monde spirituel émergent dans la psyché occidentale, l’individu est complètement démuni pour les intégrer ou même comprendre ce qu’il se passe. Le résultat peut être terrifiant. Sans un environnement adéquat, et une aide pour faire face à une percée d’un autre niveau de réalité, en fin de compte, la personne devient folle. De fortes doses de médicaments anti-psychotiques aggravent le problème et empêchent une intégration pouvant conduire à un développement de l’âme et une croissance de l’individu ayant reçu ces énergies.
Dans le service psychiatrique, le Dr Somé a vu beaucoup «d’êtres» qui traînaient autour des patients, des «entités» que la plupart des gens ne voient pas mais que les chamans et les médiums peuvent voir. «Elles provoquaient les crises chez ces personnes» dit-il. Il lui apparut que ces êtres essayaient d’extraire les médicaments et leurs effets des corps des personnes avec qui les êtres voulaient fusionner, et ce faisant ils renforçaient la douleur des patients. «Les êtres agissaient presque comme une sorte d’excavateur dans le champ énergétique des personnes. Ils faisaient cela avec acharnement. Les personnes concernées se mettaient à crier et à hurler» dit-il. Il ne pouvait pas rester dans cet endroit et dut partir.
Dans la tradition Dagara, la communauté aide la personne à concilier les énergies des deux mondes – «le monde spirituel avec lequel il ou elle est fusionné(e), et le village et la communauté.» Cette personne a la capacité d’agir comme un pont entre les mondes et aide les vivants en leur apportant les informations et les soins dont ils ont besoin. La crise spirituelle se termine donc par la naissance d’un nouveau guérisseur. «La relation entre l’autre monde et le notre est celle d’un parrainage» explique le Dr. Somé. «Le plus souvent, la connaissance et les dons qui ressortent de ce genre de fusion sont une connaissance et des dons directement apportés par l’autre monde.»
Les êtres qui renforçaient la douleur des détenus de l’hôpital psychiatrique cherchaient en fait à fusionner avec les détenus pour faire passer des messages dans ce monde. Les personnes avec lesquelles ils voulaient fusionner ne recevaient pas d’aide pour apprendre comment faire un pont entre les mondes et les tentatives des êtres de fusionner étaient contrecarrées. Il en résultait la persistance du trouble initial de l’énergie et l’avortement de la naissance d’un guérisseur.
«La culture occidentale ignore constamment la naissance des guérisseurs» affirme le Dr. Somé. «En conséquence, l’autre monde aura tendance à contacter de plus en plus de personnes pour essayer de capter l’attention. C’est plus dur pour eux.» Les êtres spirituels sont attirés par les personnes dont les sens n’ont pas été anesthésiés. «La sensibilité est très souvent une invitation » note-t-il.
Ceux qui développent les soi-disant troubles mentaux sont ceux qui sont sensibles, ce que la culture occidentale définit comme de l’hypersensibilité. Les cultures indigènes ne le voient pas de cette manière et les personnes sensibles ne pensent donc pas qu’elles sont hypersensibles. En Occident, «c’est la surcharge de la culture dans laquelle ils sont qui les détruit» observe le Dr. Somé. Le rythme effréné, le bombardement des sens, et l’énergie violente caractérisant la culture occidentale peuvent accabler les personnes sensibles.
Schizophrénie et énergie étrangère
Dans la schizophrénie, il y a une «réceptivité spéciale à un flux d’images et d’informations, qui ne peut pas être contrôlé» déclare le Dr. Somé. «Quand cette sorte de déferlement arrive à un moment qui n’est pas choisi, et particulièrement quand il comporte des images effrayantes ou contradictoires, la personne se met à délirer.»
Dans cette situation, il est nécessaire d’abord de séparer l’énergie de la personne des énergies étrangères venant de l’extérieur, en utilisant la pratique chamanique (ce qu’on appelle un «balayage») pour nettoyer ces dernières de l’aura de la personne. Avec le nettoyage du champ d’énergie, la personne ne capte plus le flot d’informations et donc n’a plus de raison d’être effrayée et troublée, explique le Dr. Somé.
Il est alors possible d’aider la personne à s’aligner avec l’énergie de l’esprit qui tente de se manifester depuis son monde, et de donner naissance à un guérisseur. Le blocage de cette manifestation est ce qui crée les problèmes. «L’énergie d’un guérisseur est une énergie à haute tension» observe-t-il. «Quand elle est bloquée, elle brûle la personne. C’est comme un court-circuit. Les fusibles sautent. C’est pourquoi ça peut faire très peur, et je comprends pourquoi cette culture préfère enfermer ces gens. Ils crient et hurlent, et on les met dans une camisole de force. C’est un triste tableau.» Encore une fois, l’approche chamanique consiste à travailler sur l’alignement des énergies pour qu’il y ait aucun blocage, que les «fusibles» ne sautent pas, et que la personne puisse devenir le guérisseur qu’elle est destinée à être.
Cependant, il convient de noter à ce stade que tous les êtres spirituels qui entrent dans le champ énergétique d’une personne ne sont pas là à des fins de guérison. Il y a aussi des énergies négatives, qui sont des présences indésirables dans l’aura. Dans ces cas-là, l’approche chamanique consiste à les retirer de l’aura, plutôt que de travailler à s’aligner avec des énergies discordantes.
Alex : Fou aux États-Unis, guérisseur en Afrique
Pour mettre à l’épreuve sa croyance que la vision chamanique de la maladie mentale est vraie dans le monde occidental comme dans les cultures indigènes, le Dr. Somé a ramené un patient avec lui en Afrique, dans son village. «J’ai voulu savoir, par curiosité, s’il est véritablement universel que la maladie mentale soit liée à un alignement avec un esprit d’un autre monde» dit le Dr. Somé.
Alex était un américain de 18 ans qui avait vécu une crise psychotique à 14 ans. Il avait des hallucinations, était suicidaire, et traversait des cycles dangereux de dépression grave. Il était dans un hôpital psychiatrique et avait reçu quantités de médicaments, mais aucun ne l’aidait. «Les parents avaient tout essayé – sans succès» dit le Dr. Somé. «Ils ne savaient pas quoi faire d’autre.»
Avec leur permission, le Dr. Somé a ramené leur fils en Afrique. «Après huit mois ici, Alex était pratiquement normal» rapporte le Dr. Somé. «Il pouvait même participer aux soins donnés par des guérisseurs; en restant avec eux toute la journée à les aider, les assistant dans ce qu’ils faisaient avec leurs patients… Il a passé quatre ans environ dans mon village.» Alex est resté par choix, et pas pour être soigné plus longtemps. Il se sentait «bien plus en sécurité dans le village qu’en Amérique.»
Pour aligner son énergie avec l’être du monde spirituel, Alex a effectué un rituel chamanique à cette intention, bien qu’il était légèrement différent de celui utilisé chez les Dagara. «Il n’est pas né dans le village, donc il fallait quelque chose d’autre. Mais le résultat a été similaire, même si le rituel n’était pas exactement le même» explique le Dr. Somé. Le fait que l’alignement de l’énergie permit à Alex de guérir démontra au Dr. Somé que le lien entre les autres êtres et la maladie mentale est bien universel.
Après le rituel, Alex commença à partager des messages que l’esprit avait pour ce monde. Malheureusement, les personnes à qui il parlait ne comprenaient pas l’anglais (Dr. Somé n’était pas là à ce moment-là). Toute cette expérience a fini par conduire Alex dans une université, où il étudie la psychologie. Il est retourné aux États-Unis quatre ans plus tard car il s’était «rendu compte qu’il avait fait tout ce qu’il devait faire, et qu’il pouvait aller de l’avant dans sa vie.»
Aux dernières nouvelles, Alex est à Harvard en psychologie. Personne n’aurait pensé qu’il aurait pu terminer ses études de premier cycle, et encore moins avoir un diplôme d’études supérieures.
Le Dr. Somé résuma ce que la maladie mentale d’Alex indiquait : «Il demandait de l’aide. C’était un appel d’urgence. Sa tâche et son destin était d’être guérisseur. Il disait que personne n’y portait attention.»
Après avoir constaté l’efficacité de l’approche chamanique sur Alex, le Dr. Somé conclut que les êtres spirituels sont tout aussi problématiques en Occident que dans sa communauté en Afrique. «La réponse à cette question pourrait se trouver ici, au lieu de devoir faire tout le chemin pour la trouver à l’étranger. Il pourrait y avoir un moyen de dépasser toute l’expérience de la pathologie, pour avoir la possibilité de former le rituel approprié pour aider les gens.»

